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césar cascabel.


Si ces excellentes bêtes furent bien reçues, on l’imaginera sans peine. Avec elles, le véhicule pourrait reprendre sa marche à travers le défilé de l’Oural. Tout le monde pousserait aux roues, lorsque les pentes seraient trop raides, et M. Cascabel pourrait faire une entrée à grand effet sur la place de Perm.

Ce qui l’attristait, pourtant, c’est que la Belle-Roulotte avait quelque peu perdu de sa splendeur d’autrefois, avec ses flancs labourés par les dents des loups, ses panneaux égratignés par les ongles de ces farouches carnassiers. Avant cette agression, déteinte par les rafales, dédorée par les intempéries, usée par les fatigues d’un pareil voyage, elle était déjà presque méconnaissable. L’écusson des Cascabel s’était à demi effacé sous le fouet des chasse-neige. Quel coup de brosse et de pinceau il faudrait pour lui rendre son premier lustre ! En attendant, les plus vigoureux nettoyages de Cornélia et de Clou n’y pouvaient rien.

À dix heures, les rennes furent attelés, et l’on se remit en marche. Comme la passe montait sensiblement, les hommes suivirent à pied.

Le temps était beau, et la chaleur assez supportable en cette partie élevée de la chaîne. Mais que de fois il fallut venir en aide à l’attelage, dégager les roues enlisées jusqu’au moyeu au fond des ornières. À chaque tournant trop brusque du col, il y avait nécessité de soutenir la Belle-Roulotte, qui menaçait de donner de l’avant-train ou de l’arrière-train contre l’angle des roches.

Ces défilés de l’Oural ne sont point l’œuvre de l’homme. C’est la seule nature qui a frayé un passage aux eaux de la chaîne à travers ces sinueux écartements. Une petite rivière, affluent de la Sosva, descendait en coulant vers l’est. Parfois, son lit s’élargissait au point de ne plus laisser qu’un étroit sentier en zigzag. Ici, les talus s’élevaient presque à pic, découvrant la charpente rocheuse, très visible sous le rideau des mousses et des plantes lapidaires. Là, les flancs, s’allongeant en pentes douces, étaient hérissés d’arbres, pins et sapins, bouleaux et mélèzes, et autres essences des contrées septen-