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la sierra nevada.

vèrent, et leurs trois chevaux furent attelés en avant de Vermout et de Gladiator. La Belle-Roulotte partit en remontant une gorge étroite, largement boisée sur ses flancs. Vers huit heures, à l’un des tournants du défilé, ces merveilleux territoires de la Californie, que la famille ne quittait pas sans un certain regret, avaient entièrement disparu derrière le massif de la Sierra.

Les trois chevaux du fermier étaient de solides bêtes, sur lesquelles il y avait lieu de compter. En était-il ainsi de leurs conducteurs ? C’est ce qui semblait au moins douteux.

C’étaient de forts gaillards l’un et l’autre, sortes de métis, moitié Indiens, moitié Anglais. Ah ! si M. Cascabel l’avait su, comme il les eût congédiés vivement !

En somme, Cornélia leur trouvait assez mauvaise figure. Jean partageait l’opinion de sa mère, et c’était également l’opinion de Clou. M. Cascabel ne paraissait pas être bien tombé. Après tout, ils n’étaient que deux, et ils auraient affaire à forte partie, s’ils s’avisaient de broncher.

Quant à de dangereuses rencontres dans la Sierra, elles n’étaient pas à prévoir. Les routes devaient être sûres à cette époque. Le temps n’était plus où les mineurs californiens, ceux qu’on appelait des « loafers » et des « rowdies », se joignaient aux malfaiteurs venus de tous les coins du monde pour malmener les honnêtes gens. La loi de Lynch avait fini par les mettre à la raison.

Cependant, en homme prudent, M. Cascabel résolut de se tenir sur ses gardes.

Les hommes, loués à la ferme, étaient certainement d’habiles charretiers. Aussi la journée s’écoula-t-elle sans accident, et c’est ce dont il y avait à se féliciter avant tout. Une roue brisée, un essieu rompu, et les hôtes de la Belle-Roulotte, loin de toute habitation, n’ayant aucun moyen de réparer leurs avaries, eussent été dans le plus grand embarras.

La passe présentait alors un aspect des plus sauvages. Rien que des pins noirâtres, pour toute végétation, des mousses qui tapis-