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césar cascabel.

n’aurait plus qu’à les contourner vers l’ouest. C’était le plus court chemin, le plus praticable aussi, pour gagner cette pointe de l’Alaska, qui mord sur la frontière colombienne.

En outre, M. Cascabel, bien servi par le hasard, avait fait la rencontre d’un Indien, qui s’était offert à le guider jusqu’aux possessions russes, et il ne devait point regretter de s’être confié à cet honnête indigène. Évidemment, ce serait là un surcroît de dépense ; mais mieux valait ne pas trop regarder à quelques dollars, lorsqu’il s’agissait d’assurer la sécurité des voyageurs et la rapidité du voyage.

Ce guide se nommait Ro-No. Il appartenait à l’une de ces tribus dont les « tyhis », autrement dit les chefs, ont des rapports très fréquents avec les Européens. Ces Indiens diffèrent essentiellement des Tchilicottes, race fourbe, cauteleuse, cruelle, sauvage, dont il convient de se défier dans le nord-ouest de l’Amérique. Quelques années avant, en 1864, ces bandits n’avaient-ils pas pris part au massacre du personnel envoyé sur la côte de Bute pour la construction d’une route ? N’était-ce pas sous leurs coups qu’était tombé l’ingénieur Wadington, dont la mort fut si regrettée de toute la colonie ? À cette époque, enfin, ne disait-on pas que ces Tchilicottes avaient arraché le cœur de l’une de leurs victimes, et l’avaient dévoré, comme l’eussent fait des cannibales australiens ?

Aussi Jean, ayant lu le récit de cet épouvantable massacre dans le voyage de Frédéric Whymper à travers l’Amérique septentrionale, avait-il cru devoir prévenir son père du danger que présenterait une rencontre avec les Tchilicottes ; mais, bien entendu, il n’en parla pas au reste de la famille, qu’il était inutile d’effrayer. D’ailleurs, depuis ce funeste événement, ces Peaux-Rouges s’étaient tenus prudemment à l’écart, réfrénés par la pendaison d’un certain nombre des leurs, plus directement compromis dans cette affaire. C’est ce que confirma le guide Ro-No, lequel assura les voyageurs qu’ils n’avaient rien à craindre pendant la traversée de la Colombie anglaise.

Le temps continuait à se maintenir au beau. Déjà même la chaleur se faisait vivement sentir entre midi et deux heures. Les bourgeons