Page:Verne - Claudius Bombarnac.djvu/58

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Je consulte ma montre : il n’est que trois heures du matin. Allons reprendre ma place. C’est ce que je fais, et la tête contre la paroi de la caisse, je ferme les yeux…

Soudain, nouveau bruit… Cette fois, il n’y a pas à se tromper… Un éternuement à demi étouffé a fait trembler les parois de la caisse… Jamais animal n’a éternué ainsi !

Est-il possible ? Un être humain est caché dans cette boîte, et se fait transporter par le Grand-Transasiatique en fraude à la jolie Roumaine ?… Mais est-ce un homme ou une femme ?… Il m’a semblé que l’éternuement avait une résonance masculine.

Impossible de dormir maintenant. Combien le jour est long à paraître, et qu’il me tarde de pouvoir examiner ce colis ! Je voulais des incidents, eh bien ! en voilà un, et si je n’en tire pas cinq cents lignes de chronique…

Quelques blancheurs commencent à nuancer l’horizon vers l’est. Les nuages du zénith en reçoivent une première coloration. Le soleil paraît enfin tout mouillé de l’embrun des lames.

Je regarde ; c’est bien la caisse à destination de Pékin. J’observe que certains trous sont percés ça et là, par lesquels l’air doit se renouveler à l’intérieur. Peut-être à travers ces trous, deux yeux guettent-ils ce qui se passe au dehors ?… Ne soyons pas indiscret.

Au déjeuner sont réunis les convives de la veille que le mal de mer a laissés indemnes, le jeune Chinois, le major Noltitz, Fulk Ephrinell, miss Horatia Bluett, M. Caterna seul, le baron Weissschnitzerdörfer, sept ou huit autres passagers. Je me garderai bien de confier à l’Américain le secret de la caisse… Il n’aurait qu’à commettre une indiscrétion, et adieu ma chronique !

Vers midi, la terre est signalée dans la direction de l’est, – une terre plate et jaunâtre, sans bordure rocheuse, toute en dunes, qui se dessine aux environs de Krasnovodsk.

À une heure, nous sommes en vue d’Ouzou-Ada. À une heure vingt-sept, j’ai mis le pied sur la terre asiatique.