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de la terre à la lune.

Cette solennité eut lieu le 25 septembre. Une caisse d’honneur descendit le président Barbicane, J.-T. Maston, le major Elphiston, le général Morgan, le colonel Blomsberry, l’ingénieur Murchison et d’autres membres distingués du célèbre club. En tout, une dizaine. Il faisait encore bien chaud au fond de ce long tube de métal. On y étouffait un peu ! Mais quelle joie ! quel ravissement ! Une table de dix couverts avait été dressée sur le massif de pierre qui supportait la Columbiad éclairée à giorno par un jet de lumière électrique. Des plats exquis et nombreux, qui semblaient descendre du ciel, vinrent se placer successivement devant les convives, et les meilleurs vins de France coulèrent à profusion pendant ce repas splendide servi à neuf cents pieds sous terre.

Le festin fut très-animé et même très-bruyant ; des toasts nombreux s’entrecroisèrent ; on but au globe terrestre, on but à son satellite, on but au Gun-Club, on but à l’Union, à la Lune, à Phoebé, à Diane, à Séléné, à l’astre des nuits, à la « paisible courrière du firmament » ! Tous ces hurrahs, portés sur les ondes sonores de l’immense tube acoustique, arrivaient comme un tonnerre à son extrémité, et la foule, rangée autour de Stone’s-Hill, s’unissait de cœur et de cris aux dix convives enfouis au fond de la gigantesque Columbiad.

J.-T. Maston ne se possédait plus ; s’il cria plus qu’il ne gesticula, s’il but plus qu’il ne mangea, c’est un point difficile à établir. En tout cas, il n’eût pas donné sa place pour un empire, « non, quand même le canon chargé, amorcé et faisant feu à l’instant, aurait dû l’envoyer par morceaux dans les espaces planétaires ».



CHAPITRE XVII


UNE DÉPÊCHE TÉLÉGRAPHIQUE.


Les grands travaux entrepris par le Gun-Club étaient, pour ainsi dire, terminés, et cependant, deux mois allaient encore s’écouler avant le jour où le projectile s’élancerait vers la Lune. Deux mois qui devaient paraître longs comme des années à l’impatience universelle ! Jusqu’alors les moindres détails de l’opération avaient été chaque jour reproduits par les journaux, que l’on dévorait d’un œil avide et passionné ; mais il était à craindre que désormais, ce « dividende d’intérêt » distribué au public