Page:Verne - Hector Servadac, Tome 1.pdf/20

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


« rempart de Montmartre », et enfin, avec un cœur à tout oser, un dévouement à tout faire.

Il faut ajouter que si Ben-Zouf n’était pas « poëte », comme son capitaine, il pouvait du moins passer pour une encyclopédie vivante, un ana inépuisable de toutes les calembredaines et coq-à-l’âne du troupier. Sur ce chapitre-là, il en eût remontré à quiconque, et son imperturbable mémoire lui fournissait des flons-flons à la douzaine.

Le capitaine Servadac savait ce que valait l’homme. Il l’appréciait, il lui passait bien des manies que l’inaltérable bonne humeur de l’ordonnance rendait d’ailleurs supportables, et, à l’occasion, il savait lui dire de ces choses qui cimentent un serviteur à son maître.

Une fois, entre autres, que Ben-Zouf, ayant enfourché son dada, caracolait «  moralement  » dans le XVIIIe arrondissement :

« Ben-Zouf, lui dit le capitaine, sais-tu bien, après tout, que si la butte Montmartre avait seulement quatre mille sept cent cinq mètres de plus, elle serait aussi haute que le mont Blanc ? »

À cette observation, les yeux de Ben-Zouf avaient lancé deux éclairs, et, depuis ce jour, sa butte et son capitaine s’étaient indistinctement confondus dans son cœur.