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HIER ET DEMAIN.

camarade, qui refusera de travailler, ou se montrera insubordonné. »

Ayant lu, le Marseillais demeura pensif. Il fut tiré de ses réflexions par l’arrivée d’une équipe de galériens. Le port était en pleine activité ; le travail se distribuait sur tous les points. Les contremaîtres faisaient entendre çà et là leurs voix rudes :

« Dix couples pour Saint-Mandrier ! »

« Quinze chaussettes pour la corderie ! »

« Vingt couples à la mâture ! »

« Un renfort de six rouges au bassin ! »

Les travailleurs demandés se dirigeaient aux endroits désignés, excités par les injures des adjudants, et souvent par leurs redoutables bâtons. Le Marseillais considérait attentivement les galériens qui défilaient devant lui. Les uns s’attelaient à des charrettes pesamment chargées ; les autres transportaient sur leurs épaules de lourdes pièces de charpente, empilaient et déblayaient les bois de construction, ou remorquaient des bâtiments à la cordelle.

Les forçats étaient indistinctement vêtus d’une casaque rouge, d’un gilet de même couleur, et d’un pantalon de grosse toile grise. Les condamnés à vie portaient un bonnet de laine entièrement vert. À moins de capacités particulières, ils étaient employés aux plus rudes travaux. Les condamnés suspects, à raison de leurs vicieux instincts ou de leurs tentatives d’évasion, étaient coiffés d’un bonnet vert bordé d’une