Page:Verne - Histoire des grands voyages et des grands voyageurs, Hetzel, 1870, tome 1.djvu/171

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une grande quantité de ses gens qui étaient restés à Lancerote, et donna des ordres pour que la citadelle fût immédiatement reconstruite.

Néanmoins, les combats recommencèrent, et bien des Canariens périrent, entre autres un certain géant de neuf pieds de haut que Jean de Béthencourt aurait voulu prendre vivant. Le baron ne pouvait se fier au bâtard de Gadifer, ni aux gens qui l’accompagnaient. Ce bâtard avait hérité de la jalousie de son père contre le baron ; mais celui-ci, ayant besoin de son aide, dissimulait sa défiance. Fort heureusement, ses gens l’emportaient en nombre sur ceux qui étaient restés fidèles à Gadifer. Cependant, les récriminations d’Annibal devinrent telles, que le baron lui envoya un de ses lieutenants, Jean le Courtois, pour lui rappeler son serment avec injonction de s’y conformer.

Jean le Courtois fut assez mal reçu ; il eut maille à partir avec le bâtard et les siens, principalement au sujet de certains prisonniers canariens que ces partisans de Gadifer retenaient indûment et qu’ils ne voulaient point rendre. Annibal dut obéir, cependant ; mais Jean le Courtois, revenant vers le baron, lui raconta les insolences du bâtard, et chercha à exciter son maître contre lui. « Non, monsieur, lui répondit le juste Béthencourt, je ne veux pas qu’on lui fasse tort, ni à lui, ni aux siens. Il ne faut pas faire tout ce que l’on serait en droit de faire ; on doit toujours se contraindre et garder son honneur plus que son profit. » Belles paroles, qu’on ne saurait trop méditer.