Page:Verne - Histoire des grands voyages et des grands voyageurs, Hetzel, 1870, tome 1.djvu/219

From Wikisource
Jump to navigation Jump to search
Cette page a été validée par deux contributeurs.


grand nombre de caps, et un îlot appelé île de la Tortue. Les caravelles, dès qu’elles paraissaient, mettaient en fuite les pirogues indiennes. Cette île qu’elles côtoyaient paraissait très-vaste et très-haute, d’où lui vint plus tard la dénomination d’Haïti, qui signifie Terre élevée. La reconnaissance de ses rivages fut poussée jusqu’à la baie Mosquito. Les oiseaux qui voltigeaient sous les beaux arbres de l’île, ses plantes, ses plaines, ses collines, rappelaient au souvenir les paysages de la Castille. Aussi Christophe Colomb baptisa-t-il cette terre nouvelle du nom d’île Espagnole. Les habitants étaient très-craintifs et fort défiants ; on ne pouvait établir aucune relation avec eux ; ils fuyaient à l’intérieur. Toutefois, quelques matelots parvinrent à s’emparer d’une femme qu’ils conduisirent à bord. Elle était jeune et assez jolie. L’Amiral lui donna des bagues, des perles, et un habillement dont elle avait absolument besoin ; enfin il la traita généreusement et il la renvoya à terre.

Ces bons procédés eurent pour résultat d’apprivoiser les naturels, et, le lendemain, neuf matelots bien armés, s’étant aventurés jusqu’à quatre lieues dans les terres, furent reçus avec respect. Les indigènes accouraient en foule au-devant d’eux et leur offraient toutes les productions du sol. Ces matelots revinrent enchantés de leur excursion. L’intérieur de l’île leur avait paru riche en cotonniers, en aloès, en lentisques et un beau fleuve, qui fut nommé plus tard le fleuve des Trois-Rivières, y déroulait ses eaux limpides.

Le 15 décembre, Colomb remit à la voile, et le vent