Page:Verne - Histoire des grands voyages et des grands voyageurs, Hetzel, 1870, tome 1.djvu/272

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Une éclipse de lune, prévue et calculée par Colomb, devait avoir lieu un certain jour. Le matin même de ce jour, l’Amiral fit demander une entrevue aux caciques de l’île. Ceux-ci se rendirent à l’invitation, et quand ils furent réunis dans la tente de Colomb, celui-ci leur annonça que Dieu, voulant les punir de leurs mesures inhospitalières et de leurs mauvaises dispositions à l’égard des Espagnols, leur refuserait le soir la lumière de la lune. En effet, tout se passa comme l’avait annoncé l’Amiral. L’ombre de la terre vint cacher la lune, dont le disque semblait rongé par quelque monstre formidable. Les sauvages épouvantés se jetèrent aux pieds de Colomb, le suppliant d’intercéder le ciel en leur faveur, et promettant de mettre toutes leurs richesses à sa disposition. Colomb, après quelques hésitations habilement jouées, feignit de se rendre aux prières des indigènes. Sous prétexte d’implorer la divinité, il courut s’enfermer sous sa tente pendant toute la durée de l’éclipsé, et il ne reparut qu’au moment où le phénomène allait toucher à sa fin. Alors il annonça aux caciques que le ciel s’était laissé gagner, et, le bras étendu, il commanda à la lune de reparaître. Bientôt, le disque sortit du cône d’ombre, et l’astre des nuits brilla dans toute sa splendeur. Depuis ce jour, les Indiens, reconnaissants et soumis, acceptèrent cette autorité de l’Amiral que les puissances célestes leur imposaient si manifestement.

Pendant que ces événements se passaient à la Jamaïque, Mendez et Fieschi avaient depuis longtemps