Page:Verne - Histoire des grands voyages et des grands voyageurs, Hetzel, 1870, tome 1.djvu/336

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tiles, jusqu’aux îles Buro et Amboine, qui font partie des Moluques. Après y avoir chargé leurs bâtiments de girofle, de muscade, de bois de sandal, de macis et de perles, ils mirent à la voile en 1512 pour regagner Malacca. Cette fois, le véritable pays des épices était atteint ; il ne restait plus qu’à y fonder des établissements, à en prendre définitivement possession, ce qui ne devait pas se faire beaucoup attendre.

La roche Tarpéienne est près du Capitole, a-t-on dit souvent. Alphonse d’Albuquerque devait en faire l’expérience, et ses derniers jours allaient être attristés par une disgrâce imméritée, résultat de calomnies et de mensonges, trame artistement ourdie qui, si elle porta momentanément atteinte à sa réputation auprès du roi Emmanuel, n’est pas parvenue à obscurcir aux yeux de la postérité la gloire de cette grande figure. Autrefois déjà, on avait voulu faire croire au roi de Portugal que la prise de possession de Goa était une lourde faute ; son climat malsain devait, disait-on, décimer en peu de temps la population européenne. Confiant dans l’expérience et la prud’homie de son lieutenant, le roi n’avait pas voulu écouter ses ennemis, ce dont Albuquerque l’avait publiquement remercié en disant : « Je dois savoir bien plus de gré au roi Emmanuel d’avoir défendu Goa contre les Portugais, qu’à moi-même de l’avoir conquis deux fois. » Mais, en 1514, Albuquerque avait demandé au roi de lui accorder en récompense de ses services le titre de duc de Goa, et c’était cette démarche imprudente que devaient exploiter ses adversaires.