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LE SECOND SECRET DE ROBERT MORGAND.

« C’est le système des compensations, madame, lui cria audacieusement Saunders à travers la table. À long voyage, mauvaise table. »

Alice sourit sans répondre. Quant à Thompson, il n’eut pas l’air d’entendre son acharné persécuteur. Il se borna, en signe d’indifférence, à faire claquer sa langue d’un air satisfait. Il était content de sa cuisine, lui !

Quand on remonta sur le pont, le navire avait dépassé l’îlot de Graciosa et commençait à suivre avec une vitesse constamment plus réduite les rivages de Lancelote.

Pour commenter le spectacle offert aux yeux des passagers. Robert Morgand n’eut-il pas dû être à son poste, prêt à subir toutes les questions, à soutenir toutes les colles ? Oui, sans doute, et pourtant le cicérone du Seamew demeura invisible jusqu’au soir.

Au reste, qu’aurait-il pu dire ? La côte occidentale de Lancelote se déroulait uniformément, déployant une sauvagerie qui, depuis les Açores, commençait à devenir un peu monotone.

D’abord, c’est une haute falaise, le Risco de Famara, puis le rivage plus bas se recouvre de cendres volcaniques d’où émerge une armée de cônes noirs, pour aboutir enfin à la Playa Quemada, plage brûlée, dont le nom dit assez l’irrémédiable infertilité. Partout c’est la désolation, partout des rocs tristes avec lesquels se confondent les bleuâtres plantes grasses qui seules parviennent à prendre racine. Pas de ville un peu importante sur cette côte occidentale qu’animent seulement de rares et pauvres villages dont le cicérone le mieux informé a le droit d’ignorer les noms obscurs.

Des deux centres commerçants de l’île, l’un, Téhuise, est dans l’intérieur des terres, l’autre, Arrécife, offre sur la côte orientale l’abri de son excellent mouillage. C’est dans ces régions et dans d’autres analogues, exposées aux alizés du Nord-Est qui apportent avec eux une humidité bienfaisante, que la vie a pu s’établir, tandis que le reste de l’île, et notamment la partie