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LA CHASSE AU MÉTÉORE

cabinets de Vienne et de Saint-Pétersbourg. D’autre part, la France et la Turquie entamèrent, à propos de la Tunisie, une violente discussion que l’intervention personnelle du Bey vint encore compliquer. Le Japon, de son côté, éprouva de grands ennuis au sujet de la Corée. Bref, la plupart des nations se heurtant à des difficultés analogues, on n’avait encore abouti à aucune solution après sept séances consécutives, quand, le 1er juin, un incident inattendu vint jeter le trouble dans les esprits.

Ainsi qu’il l’avait promis, J. B. K. Lowenthal donnait régulièrement chaque jour des nouvelles du bolide, sous forme de courtes notes communiquées à la Presse. Ces notes n’avaient, jusqu’alors, rien offert de particulièrement spécial. Elles se contentaient d’informer l’Univers que la marche du météore continuait à subir des changements très petits, dont l’ensemble rendait la chute de plus en plus probable, sans qu’il fût toutefois possible de la considérer encore comme certaine.

Mais la note publiée le 1er juin fut notablement différente de celles qui l’avaient précédée. C’était à croire, vraiment, que le trouble du bolide avait quelque chose de contagieux, tant J. B. K. Lowenthal se montrait troublé à son tour.

« Ce n’est pas sans une réelle émotion, disait-il ce jour-là, que nous portons à la connaissance du public les phénomènes étranges dont nous avons été témoin, faits qui ne tendent à rien moins qu’à saper les bases sur lesquelles repose la Science astronomique, c’est-à-dire la Science elle-même, puisque les connaissances humaines forment un tout dont les parties sont solidaires. Toutefois, pour inexpliqués et inexplicables que soient ces phénomènes, nous n’en pouvons méconnaître le caractère d’irréfragable certitude.

« Nos communications antérieures ont informé le public que la marche du bolide de Whaston a éprouvé des perturbations successives et ininterrompues dont il a été impossible jusqu’ici de déterminer la cause ni la loi. Ce fait ne laissait pas d’être très anormal. L’astronome, en effet, lit dans le ciel comme dans un livre, et rien ne s’y passe, d’ordinaire, qu’il ne l’ait prévu ou qu’il ne puisse, à tout le moins, en prédire les résultats. C’est ainsi que des éclipses, annoncées des centaines d’années à l’avance, se produisent à la seconde fixée, comme obéissant à