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LA CHASSE AU MÉTÉORE

la moindre incursion sur le territoire soustrait à sa juridiction.

Des multiples entraves qui brisaient l’essor de ses talents professionnels, il résultait que la Vve Thibaut n’avait à peu près rien à faire. Cela ne l’empêchait pas, d’ailleurs, de passer chaque jour deux heures chez son bourgeois, — c’est ainsi qu’elle désignait Zéphyrin Xirdal, avec une politesse qu’elle estimait raffinée, — sur lesquelles sept quarts d’heure étaient consacrés à une conversation, ou plus exactement à un monologue de bon goût.

À ses nombreuses qualités, la Vve Thibaut joignait, en effet, une étonnante facilité d’élocution. Certains soutenaient qu’elle était bavarde à un point phénoménal. Mais c’était là pure malveillance. Elle aimait parler, voilà tout.

Ce n’est pas qu’elle se mît en frais d’imagination. En général, la distinction de la famille qui la comptait parmi ses membres, formait le thème de ses premiers discours. Entamant ensuite le chapitre de ses malheurs, elle expliquait par quel funeste concours de circonstances une bouchère peut être transformée en servante. Peu importait que l’on connût cette navrante histoire. La Vve Thibaut éprouvait toujours le même agrément à la raconter. Ce sujet épuisé, elle discourait sur les diverses personnes qu’elle servait ou qu’elle avait servies. Aux opinions, aux habitudes, aux façons d’être de ces personnes, elle comparait celles de Zéphyrin Xirdal, et distribuait avec impartialité le blâme et l’éloge.

Son maître, sans jamais répondre, faisait montre d’une patience inaltérable. Il est vrai que, perdu dans ses rêves, il n’entendait pas ce verbiage. Et cela, à tout prendre, diminue beaucoup son mérite. Quoi qu’il en soit, les choses allaient très bien ainsi depuis de longues années, celle-là parlant toujours, celui-ci n’écoutant jamais, tous deux, au demeurant, fort satisfaits l’un de l’autre.

Le 30 mai, la Vve Thibaut, ainsi qu’elle le faisait chaque jour, entra à neuf heures du matin chez Zéphyrin Xirdal. Ce savant étant parti la veille avec son ami Marcel Leroux, le logement était vide.

La Vve Thibaut ne s’en étonna pas outre mesure. Une longue série de fugues antérieures rendait normales pour elle ces disparitions soudaines. Ennuyée seulement d’être privée d’audi-