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LA CHASSE AU MÉTÉORE

une pantoufle. Mais, pour le moment tout au moins, cela ne présentait pas d’inconvénient, et un bon coin de la valise était déjà rempli. C’était toujours ça !

Les trois chaussures emballées, Zéphyrin Xirdal très fatigué s’essuya le front. Après quoi, il recommença à réfléchir.

Le résultat de ses réflexions fut qu’il prit une vague conscience de son infériorité au point de vue spécial de l’art de l’emballage. C’est pourquoi, désespérant d’arriver à rien de bon par la méthode classique, il résolut de s’en fier à l’inspiration.

Il puisa donc à pleines mains dans ses tiroirs et dans le tas de vêtements qui représentait sa garde-robe. En peu d’instants, un amoncellement d’objets hétéroclites remplirent à déborder le côté de la valise dans lequel ils étaient jetés. Possible que l’autre compartiment fût vide, mais Zéphyrin Xirdal n’en savait rien. Aussi fut-il dans la nécessité de bourrer sa cargaison d’un talon impérieux, jusqu’à suffisant accord entre le contenant et le contenu.

La valise fut alors cerclée d’une forte corde liée par une série de noeuds tellement compliqués que leur auteur devait être ultérieurement dans l’incapacité de les défaire ; après quoi celui-ci contempla son œuvre avec une assez vaniteuse satisfaction.

Restait maintenant à se rendre à la gare. Quelle que fût son intrépidité de marcheur, Zéphyrin Xirdal ne pouvait songer à y transporter à pied sa machine, sa lunette et sa valise. Voilà qui était embarrassant !

Il est à supposer qu’il eût fini par découvrir qu’il existait des fiacres à Paris. Mais cet effort intellectuel lui fut épargné. M. Robert Lecœur se montra sur le seuil.

« Eh bien, demanda-t-il, es-tu prêt, Zéphyrin ?

— Je vous attendais, vous voyez, répondit avec candeur Xirdal, qui avait profondément oublié que son parrain dût partir avec lui.

— En route, alors, dit M. Lecœur. Combien de colis ?

— Trois : ma machine, ma lunette et ma valise.

— Donne-m’en un, et prends les deux autres. Ma voiture est en bas.

— Quelle bonne idée ! » admira Zéphyrin Xirdal, en refermant sa porte derrière lui.