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LA CHASSE AU MÉTÉORE

M. de Schnack allait être le héros du bord. Les personnalités de Mr Dean Forsyth et du docteur Hudelson s’effaçaient devant celle du représentant du Groënland, et c’était dans une haine commune que les deux rivaux se rencontraient envers ce représentant d’un État qui ne leur laissait aucune part — fût-ce seulement une part de vanité — dans leur immortelle découverte.

La traversée de Charleston à la capitale groenlandaise peut être estimée à trois mille trois cents milles, soit plus de six mille kilomètres. Elle devait durer une quinzaine de jours, y compris une relâche à Boston, où le Mozik se réapprovisionnerait de charbon. Quant aux vivres, il en emportait pour plusieurs mois, ainsi que les autres navires ayant même destination, car, par suite de l’affluence des curieux, il eût été impossible d’assurer leur existence à Upernivik.

Le Mozik remonta d’abord vers le Nord, en vue de la côte orientale des États-Unis. Mais, le lendemain du départ, le cap Hatteras, extrême pointe de la Caroline du Nord, laissé en arrière, il mit le cap plus au large.

Au mois de juillet, le ciel est généralement beau dans ces parages de l’Atlantique, et, tant que la brise soufflait de l’Ouest, le steamer, couvert par la côte, glissait sur une mer calme. Parfois, malheureusement, le vent venait du large, et alors roulis et tangage produisaient leurs effets accoutumés.

Si M. de Schnack avait un cœur solide de trillionnaire, il n’en était pas ainsi de Mr Dean Forsyth et du docteur Hudelson.

C’était leur début en navigation, et ils payaient largement leur tribut au dieu Neptune. Mais pas un instant ils n’en venaient à regretter de s’être lancés dans une semblable aventure.

Il est inutile de dire si ces indispositions, qui les réduisaient à l’impuissance, étaient mises à profit par les deux fiancés. Eux ne donnaient point prise au mal de mer. Aussi rattrapaient-ils le temps perdu, pendant que père et oncle geignaient lamentablement sous les coups écœurants de la perfide Amphitrite. Ils ne se quittaient que pour prodiguer leurs soins aux deux malades. Toutefois, ce n’est pas sans quelque raffinement de malice qu’ils s’étaient réparti le travail. Tandis que Jenny offrait ses consolations à Mr Dean Forsyth, c’est du docteur Hudelson que Francis Gordon relevait le courage chancelant.

Lorsque la houle était moins forte, Jenny et lui conduisaient