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LA CHASSE AU MÉTÉORE

— En or ou en autre chose, un bolide, c’est un bolide.

— Ce n’est pas l’avis de ces messieurs ni de ces dames, répliqua M. de Schnack, en montrant la foule des touristes dont la grande majorité ne comprenait pas un mot à ce dialogue. Tout ce monde n’est ici que pour assister à la chute du bolide de Whaston. Avouez qu’il aurait été dur, après un pareil voyage, d’être arrêté par une barrière de fils de fer.

— Il est vrai », reconnut Xirdal disposé à la conciliation.

Les choses étaient ainsi en bonne voie, quand M. de Schnack commit l’imprudence d’ajouter :

« En ce qui me concerne, je pouvais d’autant moins me laisser arrêter par votre barrière, qu’elle s’opposait à l’accomplissement de la mission officielle dont je suis investi.

— Mission qui consiste ?

— À prendre possession du bolide au nom du Groënland, dont je suis ici le représentant. »

Xirdal avait sursauté.

« Prendre possession du bolide !… s’écria-t-il. Mais vous êtes fou, mon bon monsieur !

— Je ne vois pas pourquoi, répliqua M. de Schnack d’un ton pincé. Le bolide est tombé en territoire groenlandais. Il appartient donc à l’État groenlandais, puisqu’il n’appartient à personne.

— Autant de mots, autant d’erreurs, protesta Zéphyrin Xirdal avec une violence naissante. D’abord, le bolide n’est pas tombé sur le territoire du Groenland mais sur mon territoire à moi, attendu que le Groenland me l’a bel et bien vendu contre espèces. En outre, le bolide appartient à quelqu’un, et ce quelqu’un, c’est moi.

— Vous ?…

— Parfaitement, moi.

— À quel titre ?

— Mais à tous les titres possibles, mon cher monsieur. Sans moi, le bolide graviterait encore dans l’espace, où, tout représentant que vous êtes, vous seriez bien en peine d’aller le chercher. Comment ne serait-il pas à moi, puisqu’il est chez moi et que c’est moi qui l’y ai fait tomber ?

— Vous dites ?… insista M. de Schnack.

— Je dis que c’est moi qui l’ai fait tomber. J’ai d’ailleurs eu