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LA CHASSE AU MÉTÉORE

jurisprudence et parlait avec facilité d’une voix chaude et pénétrante. Tous ses confrères, jeunes et vieux, l’estimaient, et il ne s’était jamais fait un ennemi. Très bien de sa personne, propriétaire de beaux cheveux châtains et de beaux yeux noirs, de manières élégantes, spirituel sans méchanceté, serviable sans ostentation, point maladroit dans les divers genres de sport auxquels s’adonne avec passion la gentry américaine, comment n’aurait-il pas pris rang parmi les plus distingués jeunes gens de la ville, et pourquoi n’eût-il pas aimé cette charmante Jenny Hudelson, fille du docteur Hudelson et de sa femme née Flora Clarish ?…

Mais c’est trop tôt appeler l’attention du lecteur sur cette demoiselle. Il est plus convenable qu’elle n’entre en scène qu’au milieu de sa famille, et le moment n’en est pas venu. Cela ne saurait tarder, d’ailleurs. Toutefois, il convient d’apporter une méthode rigoureuse dans le développement de cette histoire, qui exige une extrême précision.

En ce qui concerne Francis Gordon, nous ajouterons qu’il demeurait dans la maison d’Elisabeth street, et ne la quitterait sans doute que le jour de son mariage avec miss Jenny… Mais, encore une fois, laissons miss Jenny Hudelson où elle est, et disons seulement que la bonne Mitz était la confidente du neveu de son maître et qu’elle le chérissait comme un fils, ou, mieux encore, un petit-fils, les grand-mères détenant généralement le record de la tendresse maternelle.

Mitz, servante modèle, dont la pareille serait maintenant introuvable, descendait de cette espèce perdue, qui procède à la fois du chien et du chat : du chien, puisqu’elle s’attache à ses maîtres, du chat, puisqu’elle s’attache à la maison. Comme on l’imagine sans peine, Mitz avait son franc-parler avec Mr Dean Forsyth. Quand il avait tort, elle le lui disait nettement, quoique dans un langage extravagant, dont on ne pourra, en français, rendre qu’approximativement la savoureuse fantaisie. S’il ne voulait pas en convenir, il n’avait qu’une chose à faire : quitter la place, regagner son cabinet et s’enfermer à double verrou.

Du reste, Mr Dean Forsyth n’avait pas à craindre d’y être jamais seul. Il était sûr d’y rencontrer toujours un autre personnage, qui se soustrayait de la même manière aux remontrances et aux admonestations de Mitz.