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LA CHASSE AU MÉTÉORE

tion d’heures, moins encore, une question de minutes, si le plateau venait à s’effondrer brusquement sous son énorme poids.

Au milieu de tous les cris provoqués par l’imminence d’un tel malheur, quelle exclamation d’épouvante avait poussée M. de Schnack ! Adieu, cette unique occasion d’emmilliarder son pays ! Adieu, cette perspective d’enrichir tous les citoyens du Groenland !

Quant à Mr Dean Forsyth et au docteur Hudelson, on pouvait craindre pour leur raison. Ils tendaient les bras désespérément. Ils appelaient au secours, comme s’il eût été possible de répondre à cet appel.

Un mouvement plus prononcé du bolide acheva de leur faire perdre la tête. Sans réfléchir au danger qu’il courait, le docteur Hudelson, rompant la ligne des gardiens, s’élança vers la sphère d’or.

Il ne put aller loin. Étouffé par cette atmosphère embrasée, il vacilla tout à coup au bout de cent pas et s’écroula comme une masse sur le sol.

Mr Dean Forsyth aurait dû être content, la suppression de son compétiteur supprimant radicalement toute compétition ! Mais, avant d’être un astronome passionné, Mr Dean Forsyth était un brave homme, et l’intensité de son émotion le rendit à sa vraie nature. Sa haine factice disparut, tel un mauvais rêve qui disparaît au réveil, et il ne subsista dans son cœur que le souvenir des anciens jours. C’est ainsi que, sans même y penser, comme on fait un geste réflexe, Mr Dean Forsyth — que ceci soit à sa gloire ! — au lieu de se réjouir de la mort d’un adversaire, vola bravement au secours d’un vieil ami en péril.

Ses forces ne devaient pas être à la hauteur de son courage. À peine avait-il atteint le docteur Hudelson, à peine avait-il réussi à le traîner en arrière de quelques mètres, qu’il tombait près de lui inanimé, suffoqué à son tour par cette haleine de fournaise.

Heureusement, Francis Gordon s’était précipité derrière lui, et Mr Seth Stanfort n’avait pas hésité à le suivre. Il est à croire que cela ne laissa pas Mrs Arcadia Walker indifférente.

« Seth !… Seth !… » cria-t-elle instinctivement, comme épouvantée du danger auquel s’exposait son ancien mari.

Francis Gordon et Seth Stanfort, suivis de quelques courageux