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LA CHASSE AU MÉTÉORE

ment, la machine qui avait attiré ce météore sur la terre avant de le précipiter au fond des eaux.

M. Lecœur ne pouvait se consoler de la destruction d’un si merveilleux appareil. Xirdal, par contre, ne faisait qu’en rire. Puisqu’il avait fabriqué une machine, rien de l’empêcherait d’en fabriquer une autre plus puissante et meilleure encore.

Assurément, il l’aurait pu, cela n’est pas douteux. Malheureusement il n’y pensa jamais. Son parrain le pressa en vain de s’atteler à ce travail, il remit sans cesse au lendemain, jusqu’au jour où, parvenu à un âge avancé, il emporta son secret dans la tombe.

Il faut donc s’y résigner, cette machine prodigieuse est à jamais perdue pour l’humanité, et son principe demeurera ignoré, tant qu’un nouveau Zéphyrin Xirdal n’apparaîtra pas sur la terre.

En somme, ce dernier revenait du Groenland plus pauvre qu’il n’était parti. Sans compter ses instruments et sa riche garde-robe, il y laissait un vaste terrain d’autant plus difficile à revendre que la majeure partie de cette propriété était située sous la mer.

Par contre, que de millions avait moissonnés son parrain au cours de ce voyage ! Ces millions, on les trouva au retour, rue Drouot, et telle fut l’origine de la fabuleuse fortune qui devait faire de la Banque Lecœur l’égale des plus puissants établissements financiers.

Zéphyrin Xirdal ne fut pas étranger, il est vrai, à l’accroissement de cette puissance colossale. M. Lecœur, qui savait maintenant de quoi il était capable, le mit largement à contribution. Toutes les inventions sorties de ce cerveau génial, la banque les exploita au point de vue pratique. Elle n’eut pas à s’en plaindre. À défaut de celui du ciel, elle draina ainsi dans ses coffres une notable partie de l’or de la terre.

Certes, M. Lecœur n’était pas un Shylock. De cette fortune qui était son œuvre, Zéphyrin Xirdal aurait pu prendre sa part, et la plus grosse part si tel avait été son désir. Mais Xirdal, quand on entamait ce chapitre, vous regardait d’une manière si stupide qu’on préférait ne pas insister. De l’argent ? de l’or ? Qu’en aurait-il fait ? Toucher à époques irrégulières les petites sommes suffisantes à ses modestes besoins, cela lui convenait parfaitement. Jusqu’à la fin de sa vie, il continua à venir pédes-