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LA CHASSE AU MÉTÉORE

Voilà donc quelle était la cause de cette brouille ridicule ! Un météore ! un bolide, un aréolithe, une étoile filante, une pierre, une grosse pierre si l’on veut, mais une pierre après tout, un simple caillou, contre lequel risquait de se briser le char nuptial de Francis et de Jenny !

Aussi, Loo ne se gênait-elle pas pour envoyer « au diable les météores et, avec eux, toute la mécanique céleste ! »

Le temps s’écoulait cependant… Jour par jour, le mois de mars recula, céda la place au mois d’avril. On arriverait bientôt à la date fixée pour le mariage. Mais ne surviendrait-il rien auparavant ? Jusqu’ici, cette déplorable rivalité ne reposait que sur des suppositions, sur des hypothèses. Que se passerait-il si quelque événement imprévu la rendait officielle et certaine, si un choc jetait les deux rivaux l’un contre l’autre ?

Ces craintes trop raisonnables n’avaient pas interrompu les préparatifs du mariage. Tout serait prêt, même la belle robe de miss Loo.

La première quinzaine d’avril s’écoula dans des conditions atmosphériques abominables : de la pluie, du vent, un ciel empâté de gros nuages qui se succédaient sans discontinuer. Ne se montrèrent, ni le soleil qui décrivait alors une courbe assez élevée au-dessus de l’horizon, ni la lune presque pleine et qui aurait dû illuminer l’espace de ses rayons, ni, a fortiori, l’introuvable météore.

Mrs Hudelson, Jenny et Francis Gordon ne songeaient pas à se plaindre de l’impossibilité de faire aucune observation astronomique. Et jamais Loo, qui détestait le vent et la pluie, ne s’était autant réjouie d’un ciel bleu qu’elle ne l’était par la persistance du mauvais temps.

« Qu’il dure au moins jusqu’à la noce, répétait-elle, et que pendant trois semaines encore on ne voie ni le soleil, ni la lune, ni la plus minuscule étoile ! »

En dépit des voeux de Loo, cette situation prit fin et les conditions atmosphériques se modifièrent dans la nuit du 15 au 16 avril. Une brise du Nord chassa toutes les vapeurs, et le ciel recouvra sa complète sérénité.

Mr Dean Forsyth de sa tour, le docteur Hudelson de son donjon, se remirent à fouiller le firmament au-dessus de Whaston, depuis l’horizon jusqu’au zénith.