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LA CHASSE AU MÉTÉORE

de la place de la Constitution, dont un vaste terre-plein occupe le centre, sans même soupçonner qu’il excitât la curiosité publique.

Et Dieu sait pourtant si elle était excitée, la curiosité publique ! Depuis que le cavalier était apparu, patrons et gens de service échangeaient, sur le pas des portes, ces propos ou d’autres analogues :

« Par où est-il arrivé ?

— Par Exeter street.

— Et d’où venait-il ?

— Il est entré, à ce qu’on dit, par le faubourg de Wilcox.

— Voilà bien une demi-heure que son cheval fait le tour de la place.

— C’est qu’il attend quelqu’un.

— Probable. Et même avec une certaine impatience.

— Il ne cesse de regarder du côté d’Exeter street.

— C’est par là qu’on arrivera.

— Qui ça, « on » ?… Il ou elle ?

— Eh ! eh !… il a ma foi bonne tournure !…

— Un rendez-vous alors ?

— Oui, un rendez-vous… mais non dans le sens où vous l’entendez.

— Qu’en savez-vous ?

— Voilà trois fois que cet étranger s’arrête devant la porte de Mr John Proth…

— Or, comme Mr John Proth est juge à Whaston…

— C’est que ce personnage a quelque procès…

— Et que son adversaire est en retard.

— Vous avez raison.

— Bon ! le juge Proth les aura conciliés et réconciliés en un tour de main !

— C’est un habile homme.

— Et un brave homme aussi. »

En vérité, il était possible que ce fût là le vrai motif de la présence de ce cavalier à Whaston. En effet, à plusieurs reprises, il avait fait halte, sans mettre pied à terre, devant la maison de Mr John Proth. Il en regardait la porte, il en regardait les fenêtres, puis il restait immobile, comme s’il eût attendu que quelqu’un parût sur le seuil, jusqu’au moment où son cheval, qui piaffait d’impatience, le contraignait à repartir.