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LA CHASSE AU MÉTÉORE

son, on ne faisait pas la plus petite allusion au météore, et miss Loo, muette par ordre maternel, enrageait de ne pouvoir le traiter comme il le méritait. Rien qu’à la voir couper sa côtelette, on comprenait que la fillette pensait au bolide et eût voulu le réduire en si minces bouchées qu’on n’en pût retrouver la trace. Quant à Jenny, elle ne cherchait pas à dissimuler sa tristesse dont le docteur ne voulait pas s’apercevoir. Peut-être en réalité ne la remarquait-il pas, tant l’absorbaient ses préoccupations astronomiques.

Bien entendu, Francis Gordon ne paraissait point à ces repas. Tout ce qu’il se permettait, c’était sa visite quotidienne, quand le docteur Hudelson avait réintégré son donjon.

Dans la maison d’Elisabeth street, les repas n’étaient pas plus gais. Mr Dean Forsyth ne parlait guère, et, lorsqu’il s’adressait à la vieille Mitz, celle-ci ne répondait que par un oui ou un non, aussi secs que le temps l’était alors.

Une seule fois, le 28 avril, Mr Dean Forsyth, au moment où il se levait de table, après le déjeuner, dit à son neveu :

« Est-ce que tu vas toujours chez les Hudelson ?

— Certainement, mon oncle, répondit Francis d’une voix ferme.

— Et pourquoi n’irait-il pas chez les Hudelson ? demanda Mitz d’un ton déjà hargneux.

— Ce n’est pas à vous que je parle, Mitz ! grommela Mr Forsyth.

— Mais c’est moi qui vous réponds, monsieur. Un chien parle bien à un évêque ! »

Mr Forsyth haussa les épaules et se retourna vers Francis.

« Je vous ai répondu aussi, mon oncle, dit celui-ci. Oui, j’y vais chaque jour.

— Après ce que ce docteur m’a fait ! s’écria Mr Dean Forsyth.

— Et que vous a-t-il fait ?

— Il s’est permis de découvrir…

— Ce que vous découvriez vous-même, ce que tout le monde avait le droit de découvrir… Car enfin, de quoi s’agit-il ? d’un bolide comme il en passe des milliers en vue de Whaston.

— Tu perds ton temps, mon fieu, intervint Mitz en ricanant. Tu vois bien que ton oncle est tout éberlu avec son caillou, dont il n’y a pas à en faire plus de cas que de la borne qui est au coin de notre maison. »