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LA JANGADA.

Joam Garral, qui venait de rentrer, était à demi étendu sur un divan de bambous finement tressés, lorsque Yaquita, un peu émue, vint se placer près de lui.

Apprendre à Joam quels étaient les sentiments de Manoel pour sa fille, ce n’était pas ce qui la préoccupait. Le bonheur de Minha ne pouvait qu’être assuré par ce mariage, et Joam serait heureux d’ouvrir ses bras à ce nouveau fils, dont il connaissait et appréciait les sérieuses qualités. Mais décider son mari à quitter la fazenda, Yaquita sentait bien que cela allait être une grosse question.

En effet, depuis que Joam Garral, jeune encore, était arrivé dans ce pays, il ne s’en était jamais absenté, pas même un jour. Bien que la vue de l’Amazone, avec ses eaux doucement entraînées vers l’est, invitât à suivre son cours, bien que Joam envoyât chaque année des trains de bois à Manao, à Bélem, au littoral du Para, bien qu’il eût vu, tous les ans, Benito partir, après les vacances, pour retourner à ses études, jamais la pensée ne semblait lui être venue de l’accompagner.

Les produits de la ferme, ceux des forêts, aussi bien que ceux de la campine, le fazender les livrait sur place.

On eût dit que l’horizon qui bornait cet Éden