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LE SUPERBE ORÉNOQUE.

Dans la journée du 25, apparut à droite une chaîne de montagnes, indiquée sur la carte sous le nom de cerros Guanayos.

Le 26, ce n’est pas sans d’extrêmes difficultés, ni d’énormes fatigues, que les pirogues enlevèrent le raudal de Marquès.

À plusieurs reprises, Jacques Helloch, Valdez et Parchal furent induits à penser que la rive droite n’était pas aussi déserte qu’elle le paraissait. Il semblait parfois que des formes humaines se faufilaient entre les arbres et derrière les halliers. À supposer que ce fussent des Guaharibos, il n’y avait pas lieu de s’en inquiéter, puisque ces tribus sont à peu près inoffensives.

Le temps n’était plus où, alors que M. Chaffanjon explorait cette partie de l’Orénoque, ses hommes s’attendaient chaque jour à l’attaque des indigènes.

À noter, cependant, que Jacques Helloch et le sergent Martial essayèrent en vain de rejoindre les êtres quelconques qu’ils croyaient entrevoir sur la lisière de la forêt. La vérité est qu’ils en furent pour leur inutile poursuite.

Il va de soi que si ces indigènes n’étaient pas des Guaharibos, mais des Quivas, — et précisément ceux d’Alfaniz, — leur présence eût constitué le plus grave des dangers. Aussi, Parchal et Valdez surveillaient-ils vigilamment les berges, et ne laissaient plus leurs hommes descendre à terre. Quant à l’attitude de Jorrès, elle ne présentait rien de suspect, et il ne manifesta pas une seule fois l’intention de débarquer. Du reste, encore sept ou huit étapes, et les pirogues devraient s’arrêter, faute de trouver assez d’eau dans le lit du fleuve. L’Orénoque serait réduit à ce mince filet liquide qui sort de la Parima, et dont trois cents affluents font ensuite la grande artère de l’Amérique méridionale.

Alors il y aurait nécessité d’abandonner les falcas, et, pendant une cinquantaine de kilomètres, à travers les profondes forêts de la rive droite, de se transporter pédestrement à Santa-Juana. Il est vrai, là était le but, et l’on serait soutenu par l’espoir de l’atteindre en quelques marches.