Page:Verne - Michel Strogoff - pièce à grand spectacle en 5 actes et 16 tableaux, 1880.djvu/21

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NADIA. – Grâce pour lui !

MARFA. – Vous ne le tuerez pas !

TOUS. – À mort ! à mort !

IVAN, à Strogoff. – Tu les entends ?

STROGOFF, à Ivan. – Je mourrai, mais ta face de traître, Ivan, n’en portera pas moins, et à jamais, la marque infamante du knout !

IVAN. – Émir, nous attendons que ta justice prononce.

FÉOFAR. – Qu’on apporte le Koran.

TOUS. – Le Koran ! Le Koran !

FÉOFAR. – Ce livre saint a des peines pour les traîtres et les espions !... C’est lui-même qui prononcera la sentence !

Des prêtres tartares apportent le livre sacré et le présentent à Féofar.

FÉOFAR, à l’un des prêtres. – Ouvre ce livre à l’endroit où il édicte les peines et châtiments. Mon doigt touchera un des versets... et ce verset contiendra sa sentence !

Le Koran est ouvert. Le doigt de Féofar se pose sur une des pages, et un prêtre lit à haute voix le verset touché par l’émir.

LE PRÊTRE, lisant. – « Ses yeux s’obscurciront comme les étoiles sous le nuage, et il ne verra plus les choses de la terre ! »

TOUS. – Ah !

FÉOFAR à Strogoff. – Tu es venu pour voir ce qui se passe au camp tartare ! Regarde ! Maintenant que notre armée triomphante se réjouisse, que la fête ait lieu qui doit célébrer nos victoires !

TOUS. – Gloire à l’émir !

FÉOFAR, prenant place sur son trône. – Et toi, espion, pour la dernière fois de ta vie, regarde de tous tes yeux !... regarde !

Strogoff est conduit au pied de l’estrade. Marfa est à demi couchée sur le sol. Nadia est agenouillée près d’elle.


Neuvième tableau – La fête tartare.


Ballet.


Après la première reprise, la voix d’un prêtre se fait entendre et répète les paroles de l’émir.

LE PRÊTRE. – Regarde de tous tes yeux... Regarde !

Après la deuxième reprise, la voix du prêtre se fait encore entendre.

LE PRÊTRE. – Regarde de tous tes yeux... Regarde !

Le ballet fini, Strogoff est amené au milieu de la scène. Un trépied, portant des charbons ardents, est apporté près de lui, et le sabre de l’exécuteur est posé en travers sur les charbons.

Sur un signe de Féofar, l’exécuteur s’approche de Strogoff. Il prend le sabre qui est chauffé à blanc.

FÉOFAR. – Dieu a condamné cet homme ! Il a dit que l’espion soit privé de la lumière !... Que son regard soit brûlé par cette lame ardente !

NADIA. – Michel ! Michel !

STROGOFF, se tournant vers Ivan. – Ivan ! Ivan le traître ! la dernière menace de mes yeux sera pour toi !

MARFA se précipitant vers son fils. – Mon fils ! mon fils !...

STROGOFF. – Ma mère !... ma mère ! oui ! oui ! à toi mon suprême regard !... Reste là, devant moi !... Que je voie encore ta figure bien-aimée !... Que mes yeux se ferment en te regardant !

IVAN, à Strogoff. – Ah ! tu pleures ! Tu pleures comme une femme !

STROGOFF, se redressant. – Non ! comme un fils !

IVAN. – Bourreau, accomplis ton oeuvre !

Les bras de Strogoff ont été saisis pas des soldats ; il est tenu agenouillé de manière à ne pouvoir faire un mouvement. La lance incandescente passe devant ses yeux.

STROGOFF, poussant un cri terrible. – Ah ! ! !

Marfa tombe évanouie. Nadia se précipite sur elle.

IVAN. – À mort maintenant, à mort, l’espion !

TOUS. – À mort ! à mort !

(Des soldats se jettent sur Strogoff pour le massacrer.)

FÉOFAR. – Arrêtez !... arrêtez !... Prêtre, achève le verset commencé.

LE PRÊTRE. – « ... Et aveugle, il sera comme l’enfant, et comme l’être privé de raison, sacré pour tous !... »

FÉOFAR. – Que nul ne touche désormais à cet homme, car le Koran l’a dit : « Vous tiendrez pour sacrés les enfants, les fous et les aveugles. »

IVAN, à Sangarre. – Il n’est plus à craindre maintenant.

Féofar, Ivan et tout le cortège sortent par le fond. Une demi-nuit s’est faite, et il ne reste plus en scène que Strogoff, Marfa et Nadia.

Strogoff se relève et se dirige en tâtonnant vers l’endroit où est tombée sa mère.

STROGOFF. – Ma mère ! Ma mère !... Ma mère !... ma pauvre mère !...

NADIA, venant à lui. – Frère ! Frère ! mes yeux seront désormais tes yeux !... je te conduirai...

STROGOFF. – À Irkoutsk ! (Il embrasse une dernière fois sa mère.) À Irkoutsk !



Acte quatrième


Dixième tableau – La clairière.


La scène représente une berge sur la rive droite de l’Angara. Il fait encore jour.


Scène I


Ivan, Sangarre, un chef tartare, soldats.


IVAN, au chef. – C’est ici que nous allons nous séparer de toi et de tes soldats, et tu suivras fidèlement ensuite toutes mes instructions.

LE CHEF. – Compte sur nous, Ivan Ogareff.

SANGARRE. – Où donc irons-nous maintenant ?

IVAN. – Écoutez ! L’énergie de ce Grand-Duc renverse tous mes calculs, déjoue toutes mes prévisions. Chaque jour il opère de nouvelles sorties, dont la plus prochaine coïncidera peut-être avec l’apparition