Page:Verne - Un capitaine de quinze ans, Hetzel, 1878.djvu/20

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un capitaine de quinze ans.

– Pourquoi me faites-vous cette observation, monsieur Hull ? demanda Mrs. Weldon.

– Parce que je n’ai pas reçu d’ordre de votre mari à cet égard, et qu’à tout prendre un brick-goélette ne peut vous offrir les garanties de bonne traversée d’un paquebot spécialement destiné au transport des voyageurs.

– Si mon mari était ici, répondit Mrs. Weldon, pensez-vous, monsieur Hull, qu’il hésiterait à s’embarquer sur le Pilgrim, en compagnie de sa femme et de son enfant ?

– Non, mistress Weldon, il n’hésiterait pas, dit le capitaine Hull, non, certes ! pas plus que je n’hésiterais moi-même ! Le Pilgrim est un bon navire, après tout, bien qu’il n’ait fait qu’une triste campagne de pêche, et j’en suis sûr, autant qu’un marin peut l’être du bâtiment qu’il commande depuis plusieurs années. Ce que j’en dis, mistress Weldon, c’est pour mettre ma responsabilité à couvert, et pour vous répéter que vous ne trouverez pas à bord le confort auquel vous êtes habituée.

– Puisque ce n’est qu’une question de confort, monsieur Hull, répondit Mrs. Weldon, cela ne saurait m’arrêter. Je ne suis pas de ces passagères difficiles, qui se plaignent incessamment de l’étroitesse des cabines ou de l’insuffisance de la table. »

Puis, Mrs. Weldon, après avoir regardé pendant quelques instants son petit Jack, dont elle tenait la main :

« Partons, monsieur Hull ! » dit-elle.

Les ordres furent donnés d’appareiller aussitôt, les voiles s’orientèrent, et le Pilgrim, manœuvrant de manière à dégolfer par le plus court, mit le cap sur la côte américaine.

Mais, trois jours après son départ, le brick-goélette, contrarié par de fortes brises de l’est, fut obligé de prendre bâbord amures pour s’élever dans le vent.

Aussi, à la date du 2 février, le capitaine Hull se trouvait-il encore par une latitude plus haute qu’il n’aurait voulu, et dans la situation d’un marin qui chercherait plutôt à doubler le cap Horn qu’à rallier par le plus court le nouveau continent.