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leçon sur les fourmis dans une fourmilière.

Que l’on s’étonne de la construction de pareils monuments, dus à d’industrieuses phalanges d’insectes, il n’est pas moins vrai qu’il s’en trouve fréquemment à l’intérieur de l’Afrique. Un voyageur hollandais du siècle dernier, Smeathman, a pu occuper avec quatre de ses compagnons le sommet de l’un de ces cônes. Dans le Loundé, Livingstone a observé plusieurs de ces fourmilières, bâties en argile rouge, dont la hauteur atteignait quinze et vingt pieds. Le lieutenant Cameron a maintes fois pris pour un camp ces agglomérations de cônes qui hérissaient la plaine dans le N’yangwé. Il s’est même arrêté au pied de véritables édifices, non plus de vingt pieds, mais de quarante et de cinquante, énormes cônes arrondis, flanqués de clochetons comme le dôme d’une cathédrale, tels qu’en possède l’Afrique méridionale.

À quelle espèce de fourmi était donc due l’édification prodigieuse de ces fourmilières ?

« Au termite belliqueux », avait sans hésité répondu cousin Bénédict, dès qu’il eut reconnu la nature des matériaux employés à leur construction.

Et, en effet, les parois, ainsi qu’on l’a dit, étaient faites d’argile rougeâtre. Si elles eussent été formées d’une terre d’alluvion grise ou noire, il aurait fallu les attribuer au « termes mordax » ou au « termes atrox ». On le voit, ces insectes ont des noms peu rassurants, qui ne pouvaient plaire qu’à un entomologiste renforcé, tel qu’était cousin Bénédict.

La partie centrale du cône, dans laquelle la petite troupe avait d’abord trouvé place et qui formait le vide intérieur, n’eût pas suffi à la contenir ; mais, de larges cavités superposées faisaient autant de cases dans lesquelles une personne de moyenne taille pouvait se blottir. Que l’on imagine une succession de tiroirs ouverts, au fond de ces tiroirs des millions d’alvéoles qu’avaient occupées les termites, et l’on se figurera aisément la disposition intérieure de la fourmilière. En somme, ces tiroirs s’étageaient comme les cadres d’une cabine de bâtiment, et ce fut dans les cadres supérieurs que Mrs. Weldon, le petit Jack, Nan et cousin Bénédict purent se réfugier. À l’étage au-dessous se blottirent Austin, Bat, Actéon. Quant à Dick Sand, Tom et Hercule, ils restèrent à la partie inférieure du cône.

« Mes amis, dit alors le jeune novice aux deux noirs, le sol commence à s’imprégner. Il faut donc le remblayer en faisant ébouler l’argile de la base ; mais prenons garde à ne pas obstruer le trou par lequel pénètre l’air extérieur. Il ne faut pas risquer d’étouffer dans cette fourmilière !

— Ce n’est qu’une nuit à passer, répondit le vieux Tom.