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un capitaine de quinze ans.

Tel fut le récit que Tom fit en peu de mots au capitaine Hull. Il n’y avait pas lieu de mettre en doute la véracité du vieux noir. Ses compagnons confirmèrent tout ce qu’il avait dit, et, d’ailleurs, les faits plaidaient pour ces pauvres gens.

Un autre être vivant, sauvé sur l’épave, aurait sans doute parlé avec la même franchise, — s’il eût été doué de la parole.

C’était ce chien, que la vue de Negoro semblait affecter d’une si désagréable façon. Il y avait là quelque antipathie véritablement inexplicable.

Dingo, — tel était le nom de ce chien, — appartenait à cette race de mâtins qui est particulière à la Nouvelle-Hollande. Ce n’était pas en Australie, cependant, que l’avait trouvé le capitaine du Waldeck. Deux ans auparavant, Dingo, errant, à demi mort de faim, avait été rencontré sur le littoral ouest de la côte d’Afrique, aux environs de l’embouchure du Congo. Le capitaine du Waldeck avait recueilli ce bel animal, qui, resté peu sociable, semblait toujours regretter quelque ancien maître dont il aurait été violemment séparé et qu’il eût été impossible de retrouver dans cette contrée déserte. — S. V., — ces deux lettres, gravées sur son collier, c’était tout ce qui rattachait cet animal à un passé dont on eût vainement cherché le mystère.

Dingo, bête magnifique et robuste, plus grand que les chiens des Pyrénées, était donc un spécimen superbe de cette variété des mâtins de la Nouvelle-Hollande. Lorsqu’il se redressait, rejetant sa tête en arrière, il égalait la taille d’un homme. Son agilité, sa force musculaire avaient dû en faire un de ces animaux qui attaquent sans hésiter jaguars ou panthères, et ne craignent pas de faire face à un ours. De pelage épais, sa longue queue bien fournie et raide comme une queue de lion, fauve foncé dans sa couleur générale, Dingo n’était nuancé qu’au museau de quelques reflets blanchâtres. Cet animal, sous l’influence de la colère, pouvait devenir redoutable, et on comprendra que Negoro ne fût pas satisfait de l’accueil que lui avait fait ce vigoureux échantillon de la race canine.

Cependant, Dingo, s’il n’était pas sociable, n’était pas méchant. Il semblait plutôt être triste. Une observation qui avait été faite par le vieux Tom à bord du Waldeck, c’est que ce chien ne semblait pas affectionner les noirs. Il ne cherchait point à leur faire du mal, mais certainement il les fuyait. Peut-être sur cette côte africaine où il errait, avait-il subi quelques mauvais traitements de la part des indigènes. Aussi, bien que Tom et ses compagnons fussent de braves gens, Dingo ne s’était-il jamais porté vers eux. Pendant les dix jours que les naufragés avaient passés sur le Waldeck, il s’était tenu à l’écart, se nourris-