Page:Verne - Un capitaine de quinze ans, Hetzel, 1878.djvu/56

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un capitaine de quinze ans.

nous demander où nous avons le cap, si le vent est à l’ouest-nord-ouest-demi-nord, et il faudra bien lui répondre !

— Il y a des animaux qui parlent ! répliqua un autre matelot, des pies, des perroquets ! Eh bien, pourquoi un chien n’en ferait-il pas autant, s’il lui en prenait l’envie ? Il est plus difficile de parler avec un bec qu’avec une bouche !

— Sans doute, répondit le contremaître Howik. Seulement cela ne s’est jamais vu. »

On aurait bien étonné ces braves gens, en leur disant que cela s’était vu, au contraire, et qu’un certain savant danois possédait un chien qui prononçait distinctement une vingtaine de mots. Mais de là à ce que cet animal comprît ce qu’il disait, il y avait un abîme. Très évidemment, ce chien, dont la glotte était organisée de manière à pouvoir émettre des sons réguliers, n’attachait pas plus de sens à ses paroles que les perroquets, les geais ou les pies aux leurs. La phrase, chez ces animaux, n’est pas autre chose qu’une sorte de chant ou de cris parlés, empruntés à une langue étrangère dont on n’aurait pas le sens.

Quoi qu’il en soit, Dingo était devenu le héros du bord, — ce dont il ne prenait point acte pour être fier. Plusieurs fois, le capitaine Hull recommença l’expérience. Les cubes de bois de l’alphabet furent replacés devant Dingo, et, invariablement, sans une erreur, sans une hésitation, les deux lettres S et V furent choisies entre toutes par le singulier animal, tandis que les autres n’attirèrent jamais son attention. Quant au cousin Bénédict, cette expérience fut souvent renouvelée devant lui, sans qu’elle parût l’intéresser.

« Cependant, daigna-t-il dire un jour, il ne faudrait pas croire que les chiens aient seuls le privilège d’être intelligents de cette manière ! D’autres animaux les égalent, rien qu’en suivant leur instinct. Tels les rats, qui abandonnent le navire destiné à sombrer en mer, les castors, qui savent prévoir la crue des eaux et surélèvent leurs digues en conséquence, ces chevaux de Nicomède, de Scanderberg et d’Oppien, dont la douleur fut telle qu’ils moururent à la mort de leurs maîtres, ces ânes, si remarquables par leur mémoire, et tant d’autres bêtes enfin qui ont été l’honneur de l’animalité ! N’a-t-on pas vu de ces oiseaux, merveilleusement dressés, qui écrivent sans faute des mots sous la dictée de leurs professeurs, des cacatois qui comptent aussi bien qu’un calculateur du Bureau des longitudes le nombre de personnes présentes dans un salon ? N’a-t-il pas existé un perroquet, payé cent écus d’or, qui récitait, sans se tromper d’un mot, au cardinal son maître, tout le Symbole des apôtres ? Enfin, le légitime orgueil d’un entomologiste ne doit-il pas s’élever au comble, lorsqu’il voit de simples