Page:Verne - Un drame en Livonie, illust Benett, 1905.djvu/119

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descente de police.

présentait aucune brisure. On ne pouvait donc douter que le meurtrier ne fût venu du dehors et n’eût pénétré dans la chambre de la victime par la fenêtre donnant sur la grande route, et dont le volet avait été forcé.

Le juge Kerstorf procéda alors à l’interrogatoire de l’aubergiste. Il vint s’installer dans la grande salle, devant une table où son greffier prit place près de lui. Le major Verder, le docteur Hamine et M. Johausen, désireux d’entendre la déposition de Kroff, se rangèrent autour de la table. Kroff fut invité à dire ce qu’il savait.

« Monsieur le juge, dit-il d’un ton très précis, avant-hier soir, vers huit heures, deux voyageurs sont arrivés à l’auberge et ont demandé des chambres pour la nuit. L’un de ces voyageurs boitait légèrement par suite d’un accident de voiture, la malle-poste ayant versé à deux cents pas d’ici sur la route de Pernau.

— C’était Poch, le garçon de banque de la maison Johausen ?…

— Oui… et je l’ai appris de lui-même… Il me raconta ce qui s’était passé, les chevaux s’abattant sous la bourrasque, la malle chavirée… Sans cette contusion à la jambe, il aurait été avec le conducteur jusqu’à Pernau, et plût au ciel qu’il l’eût fait !… Quant au conducteur, que je n’ai pas vu ce soir-là, il devait revenir le lendemain matin, comme il est revenu en effet, pour reprendre Poch et son compagnon, après avoir remis la malle en état.

— Poch n’a pas dit ce qu’il allait faire à Revel ?… demanda le juge.

— Non… il me pria de lui servir à souper et mangea de grand appétit… Il était à peu près neuf heures quand il gagna la chambre qui lui était destinée, et dont il referma la porte intérieurement à la clef et au verrou.