Page:Verne - Un drame en Livonie, illust Benett, 1905.djvu/135

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à l’université de dorpat.

sans avoir infligé à ce Karl Johausen la leçon qu’il mérite, je ne m’en consolerais pas !

— Voyons, dit Jean Nicolef, ne nous donnons pas, aujourd’hui du moins, les premiers torts, en le provoquant sans motif…

— Sans motif ?… s’écria le bouillant jeune homme. J’en ai mille et mille : sa figure qui ne me revient pas, son attitude qui me choque, le son de sa voix qui me déplaît, son regard dédaigneux, l’air de supériorité qu’il prend et que ses camarades encouragent en le reconnaissant pour chef de leur corporation !

— Tout cela n’est pas sérieux, Gospodin, déclara Jean Nicolef, qui prit le bras de son camarade par un instinctif mouvement d’amitié. Tant qu’il n’y aura pas une injure directe, je ne vois pas en tout ceci matière à provocation !… Ah ! si l’injure se produisait, je n’attendrais personne pour y répondre, tu peux m’en croire, mon camarade !…

— Et tu nous aurais à tes côtés, Jean, affirmèrent les autres jeunes gens du groupe.

— Je le sais, dit l’intraitable Gospodin. Mais je m’étonne que Jean ne se trouve pas particulièrement visé par ce Karl…

— Que veux-tu dire, Gospodin ?…

— Je veux dire que si, nous autres, nous n’avons avec ces Germains que des rivalités d’école, Jean Nicolef est autrement engagé vis-à-vis de Karl Johausen !… »

Jean savait de reste à quoi Gospodin faisait allusion. La rivalité des Johausen et des Nicolef à Riga était connue des étudiants de l’Université. On n’ignorait pas que les chefs de ces deux familles étaient opposés l’un à l’autre dans cette lutte qui allait les mettre aux prises sur le terrain électoral, l’un porté par l’opinion publique, encouragé par l’autorité administrative, afin d’abattre l’autre.

Aussi, Gospodin avait-il tort d’exciper de cette situation per-