Page:Verne - Un drame en Livonie, illust Benett, 1905.djvu/21

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frontière franchie.

uns après les autres sans faire usage du revolver. D’ailleurs, après un second coup assené sur la tête d’un second fauve, le bâton se brisa dans la main qui le maniait si terriblement.

L’homme se remit en fuite, et, les loups s’étant lancés sur ses pas, s’arrêtant de nouveau il fit feu quatre fois.

Deux bêtes, mortellement blessées, tombèrent sur la glace teinte de leur sang ; mais les dernières balles se perdirent, les deux autres loups s’étant écartés d’un bond à vingt pas.

Le fugitif n’avait pas le temps de recharger son revolver. La bande revenait déjà et se fût précipitée sur lui. Au bout de deux cents pas, les fauves étaient sur ses talons, mordant les basques de son cafetan, dont les morceaux déchirés leur restaient dans la gueule. Il sentait leur haleine brûlante. S’il faisait un faux pas, c’était fait de lui. Il ne se relèverait plus, il serait déchiré par les bêtes furieuses.

Sa dernière heure était-elle donc arrivée ?… Tant d’épreuves, tant de fatigues, tant de dangers pour rentrer sur le sol natal, et ne pas même y laisser quelques ossements !

Enfin, l’extrémité du lac apparut avec les premières lueurs de l’aube. La pluie avait cessé, toute la campagne était enveloppée d’une légère brume. Les loups se jetèrent sur leur victime qui les repoussait à coups de crosse, auxquels ils répondaient à coups de dents et de griffes.

Soudain, l’homme se heurta contre une échelle… Où s’appuyait cette échelle ?… Peu importait. S’il parvenait à en gravir les échelons, les fauves ne pourraient s’y hisser après lui, et il serait momentanément en sûreté.

Cette échelle se dressait un peu obliquement au sol, et, circonstance bizarre, son pied ne posait pas à terre, comme si elle eût été suspendue, et le brouillard empêchait de voir où elle prenait son point d’appui supérieur.