Page:Verne - Voyages et aventures du capitaine Hatteras.djvu/218

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


magnifique halo, jetait des rayons pâles qui coloraient le frost-rime à la façon des nuages, et le sommet des ice-bergs semblait sortir d’une masse d’argent liquide. Les voyageurs se trouvaient circonscrits dans un cercle de moins de cent pieds de diamètre. Grâce à la pureté des couches d’air supérieures, par une température très-froide, leurs paroles s’entendaient avec une extrême facilité, et ils purent converser du haut de leur glaçon. Après les premiers coups de fusil, chacun d’eux, n’entendant pas de réponse, n’avait eu rien de mieux à faire que de s’élever au-dessus du brouillard.

« Le traîneau ! cria le capitaine.

— À quatre-vingts pieds au-dessous de nous, répondit Simpson.

— En bon état ?

— En bon état.

— Et l’ours ? demanda le docteur.

— Quel ours ? répondit Bell.

— L’ours que j’ai rencontré, qui a failli me briser le crâne.

— Un ours ! fit Hatteras ; descendons alors.

— Mais non ! répliqua le docteur, nous nous perdrions encore, et ce serait à recommencer.

— Et si cet animal se jette sur nos chiens !… » dit Hatteras.

En ce moment, les aboiements de Duk retentirent ; ils sortaient du brouillard, et ils arrivaient facilement aux oreilles des voyageurs.

« C’est Duk ! s’écria Hatteras ! Il y a certainement quelque chose. Je descends. »

Des hurlements de toute espèce sortaient alors de la masse, comme un concert effrayant ; Duk et les chiens donnaient avec rage. Tout ce bruit ressemblait à un bourdonnement formidable, mais sans éclat, ainsi qu’il arrive à des sons produits dans une salle capitonnée. On sentait qu’il se passait là, au fond de cette brume épaisse, quelque combat invisible, et la vapeur s’agitait parfois comme la mer pendant la lutte des monstres marins.

« Duk ! Duk, s’écria le capitaine en se disposant à rentrer dans le frost-rime.

— Attendez ! Hatteras, attendez ! répondit le docteur ; il me semble que le brouillard se dissipe. »

Il ne se dissipait pas, mais il baissait comme l’eau d’un étang qui se vide peu à peu ; il paraissait rentrer dans le sol, où il avait pris naissance ; les sommets resplendissants des ice-bergs grandissaient au-dessus de lui ; d’autres, immergés jusqu’alors, sortaient comme des îles nouvelles ; par une illusion d’optique facile