Page:Verne - Voyages et aventures du capitaine Hatteras.djvu/335

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— Jamais ! » fit Johnson.

Le docteur secouait la tête ; il comprenait la répugnance du capitaine.

« Jamais, reprit ce dernier. Une chaloupe faite avec le bois d’un navire américain serait américaine.

— Mais, capitaine… » reprit Johnson.

Le docteur fit signe au vieux maître de ne pas insister en ce moment. Il fallait réserver cette question pour un moment plus opportun : le docteur, tout en comprenant les répugnances d’Hatteras, ne les partageait pas, et il se promit bien de faire revenir son ami sur une décision aussi absolue.

Il parla donc d’autre chose, de la possibilité de remonter la côte directement jusqu’au nord, et de ce point inconnu du globe qu’on appelle le pôle boréal.

Bref, il détourna les côtés dangereux de la conversation, jusqu’au moment où elle se termina brusquement, c’est-à-dire à l’entrée d’Altamont.

Celui-ci n’avait rien à signaler.

La journée finit ainsi, et la nuit se passa tranquillement. Les ours avaient évidemment disparu.




CHAPITRE XII. — LA PRISON DE GLACE.


Le lendemain, il fut question d’organiser une chasse, à laquelle devaient prendre part Hatteras, Altamont et le charpentier ; les traces inquiétantes ne s’étaient pas renouvelées, et les ours avaient décidément renoncé à leur projet d’attaque, soit par frayeur de ces ennemis inconnus, soit que rien de nouveau ne leur eût révélé la présence d’êtres animés sous ce massif de neige.

Pendant l’absence des trois chasseurs, le docteur devait pousser jusqu’à l’île Johnson, pour reconnaître l’état des glaces et faire quelques relevés hydrographiques. Le froid se montrait très-vif, mais les hiverneurs le supportaient bien ; leur épiderme était fait à ces températures exagérées.

Le maître d’équipage devait rester à Doctor’s-House, en un mot garder la maison.

Les trois chasseurs firent leurs préparatifs de départ ; ils s’armèrent chacun d’un fusil à deux coups, à canon rayé et à balles coniques ; ils prirent une petite provision de pemmican, pour le cas où la nuit les surprendrait avant la fin de leur excursion ; ils portaient en outre l’inséparable couteau à neige, le plus