Page:Vicaire - L’Heure enchantée, 1890.djvu/16

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.



Ô merveilleux hymen du ciel et de la terre !
Chantez, beaux rossignols, la chanson des époux.
Ouvrez, sombres forêts, vos portes de mystère.
Éternelle jeunesse, épanouissez-vous !

Chaque jour, depuis lors, dès que la nuit câline
En ses bras maternels berce le monde enfant,
Dans le bois qui scintille en haut de la colline,
Ils vont cueillir la fleur de l’amour triomphant.

L’étoile du berger les cherche dans l’espace.
Les murmures d’en bas leur viennent apaisés.
Comme un vol d’oiseaux blancs qui passe et puis repasse,
La lune sur leur bouche argente leurs baisers.

Elle dit : « Prends-moi toute, ô mon seigneur superbe.
Je tremblais. Ton regard m’a bientôt rassuré.
Je suis le liseron qui se cache dans l’herbe ;
Toi, maître, le grand arbre au feuillage doré. »

Il répond : « Comme un prêtre à la porte du temple,
J’aime à tes pieds divins, chère, à m’agenouiller.
Toute mon âme brûle alors que je contemple
L’anémone d’argent que je n’ose effeuiller. »

Parfois, en pleins fourrés, une harde s’élance,
Et, l’oreille aux aguets, suit le bruit de leurs pas.
Ils vont. Leur amour seul éveille le silence.
Le temps heureux s’envole. Ils ne s’en doutent pas.