Page:Vicaire - L’Heure enchantée, 1890.djvu/57

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Elle rit franchement comme une pastourelle.
Son maître est désormais le rossignol charmeur ;
Un voile de douceur s’est répandu sur elle.

Parfois Merlin s’agite. Une sourde rumeur
Du château léthargique a troublé le silence.
Un lointain bruit de guerre éveille le dormeur.

Puis la bataille éclate avec sa violence.
Merlin gronde. Il entend les chevaux s’écraser.
Holà ? mes gens, à moi ! Qu’on décroche ma lance ! »

Mais Viviane chante afin de l’apaiser.
Sur l’épaule du barde elle met sa main douce
Et lui montre sa bouche où fleurit le baiser.

— « Écoutez, mon amour, la verveine qui pousse.
Endormez-vous, tranquille, en la paix de mes seins.
Que mon corps à jamais soit votre lit de mousse.

« Je veux que mes bras blancs vous servent de coussins.
Mes lèvres souriront si votre cœur est triste ;
Si vous souffrez, mes yeux seront vos médecins. »

Sa fine gorge est rose à travers la batiste.
Ses cheveux envolés lui font un nimbe d’or.
Elle sait bien, l’enfant, que rien ne lui résiste.