Page:Vicaire - L’Heure enchantée, 1890.djvu/77

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— « Baron, tes champs, tes prés, tes vignes et tes bois,
Je n’en veux rien savoir, je les crache à ta face.
Je ne puis être à toi, vois-tu, quoi que je fasse.
Il me vient un dégoût dès que je t’aperçois.

« Ta barbe et tes cheveux me donnent la nausée.
Comment as-tu donc pu croire que je t’aimais !
Tes caresses de vieux m’ont souillée à jamais.
Du jour où je t’ai plu, je me suis méprisée.

« Mon maître, le voilà. Regarde : à demi-nu,
Sanglant, inanimé, c’est encor lui ma vie.
Jusque dans sa misère il doit te faire envie,
Et je peux bien mourir puisque je l’ai connu.

« Hélas ! Il est à bas, le chêne de Bohême.
L’aventurier superbe a fermé ses beaux yeux.
En vain il a lutté, tout seul, en furieux ;
La mort qu’il insultait l’a terrassé quand même.

« En vain trente des tiens, parmi les plus hardis,
Sont tombés sous l’éclair joyeux de son épée !
Il ne voit pas les pleurs dont sa joue est trempée.
Il n’entend plus la voix qui l’éveillait jadis ! »

— « Femme, tais-toi, tais-toi. Plus de colère. Écoute :
Je ne puis oublier ta cruelle beauté.
Peur-être as-tu péché contre ta volonté.
Qui t’a volé le cœur ? C’est le diable sans doute.