Page:Vicaire - L’Heure enchantée, 1890.djvu/97

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« Ah ! tout nous accable, et nous languissons
Loin du clair soleil et de la rosée.
Nos cœurs ont à tous servi de risée ;
Le temps est fini des belles chansons.

« Ne diras-tu pas le mot qui délivre ?
Ainsi qu’autrefois, parle en souriant ;
De tes flèches d’or crible l’Orient,
Fais qu’on aime encore et qu’on puisse vivre ! »

Les trois sœurs maintenant chantent à l’unisson.
Dans la forêt, où passe un magique frisson,
On dirait qu’un oiseau vole de branche en branche,
Et voici que la jeune Lune, en robe blanche,
Paraît, cueillant les lys du céleste jardin.
Elle semble, en passant, faire un signe. Et soudain
La nuit se fait plus douce encor, plus caressante.
Le monde, comme aux jours de sa grâce naissante,
S’épanouit sans crainte et redevient heureux.
Les arbres enchantés, qui murmurent entre eux,
S’éveillent à la fin du sommeil séculaire ;
Le vent a pour toujours oublié sa colère.
Voyez, voyez : Là-bas, dans le ciel incertain,
Qui donc surgit parmi les roses du matin ?
C’est lui, le précurseur de l’éternelle aurore,
Lui qui dit au printemps silencieux d’éclore,
Qui fait que l’oiseau chante et qu’embaume la fleur,
Lui, le chasseur divin, l’immortel oiseleur