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SPOKANE ET LES INDIENS

dre relief, sans ombre de végétation, une solitude morne, un silence écrasant, rompu de temps à autre par le sifflement brusque de la bise ou par le glapissement suraigu des chiens sauvages, appelés «  cayoutis  ». La nuit tombait  ; j’aperçus à quelque distance une église basse en bois : c’était l’église de la mission. Nous la dépassons et la voiture s’arrête devant une maison à deux étages, dont la silhouette solitaire perçait à peine l’obscurité. Je descendis seul à la porte de cette maison qui était la nôtre, mon compagnon poursuivant sa route jusqu’au pensionnat pour y déposer les provisions rapportées de la ville. Un homme de haute taille, aux traits austères, m’accueillit sur le seuil et m’introduisit dans une salle nue, à peine éclairée par une lampe fumeuse. Il m’offrit un siège, et s assit lui-même sans proférer une parole. La solitude semblait l’avoir marqué de son empreinte mélancolique, et sa haute taille se courbait, comme brisée par le poids du travail. C’était le Fr. Daisy, Irlandais, chargé des travaux de la ferme. Je lui demandai où était la chapelle, le réfectoire. Il me répondit par monosyllabes qu’il n’y avait dans la maison ni chapelle, ni réfectoire : on disait la messe et l’on mangeait à l’école des Sœurs, plus loin. Et il retomba dans son mutisme. On le voit, mon entrée sur le théâtre de mes futurs travaux apostoliques manquait complètement de mise en scène.

Le lendemain matin j’explorai les environs immédiats. Le pays m’apparut alors dans toute son horrible nudité. Pas un arbre  ! à peine si à l’horizon une étroite bande de verdure indiquait le cours de l’Umatilla. En dehors de l’école, solitude complète autour de nous. Le dimanche seulement nous pouvions espérer de voir des figures humaines, jaunes ou blanches, à l’église. Pendant toute la semaine, nous étions ensevelis dans ce coin de terre comme