Page:Victor Brochard - Les Sceptiques grecs.djvu/72

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La même contradiction que nous remarquons entre la tradition académique et la tradition sceptique se retrouve dans les textes les plus anciens et les plus authentiques que nous ayons, ceux de Timon. D’une part, en effet, nous voyons que d’après Pyrrhon et Timon[1] le bien et le mai sont choses de convention, fondées uniquement sur la coutume ; les lois ont été instituées au hasard[2] ; il n’y a point de justice selon la nature.

Mais d’autre part, chez le même Timon, Pyrrhon nous apparaît sous un aspect tout nouveau. S’adressant à son maître, le disciple s’écrie[3] : « Voici, ô Pyrrhon, ce que je voudrais savoir. Comment, n’étant qu’un homme, mènes-tu une vie si facile et si paisible ? Comment peux-tu guider les hommes, semblable au Dieu qui promène tout autour de la terre et découvre à nos yeux le disque enflammé de sa sphère ? » Puis, dans un autre passage[4] qui semble bien être la réponse de Pyrrhon à cette question, nous lisons : « Je te dirai ce qui me parait être la

  1. Sext., M., XI, 140 : Οὔτε ἀγαθόν τι εστι φύσει, οὔτε ϰαϰὸν,
    ἀλλὰ ϖρὸς ἀνθρώπων ταῦτα νόμῳ ϰέϰριται,


    ϰατὰ τὸν Τίμωνα. Nous lisons avec Hirzel (p. 56) νόμῳ(nomô) au lieu de νόῳ(noô) (Bekker).

  2. Timon (Mullach, 125) : … εἰϰαίής νομοθήϰης.(eikaies nomothêkês).
  3. Diog. IX, 65.

    Τοῦτό μοι, ὦ Πύρρων, ἱμείρεται ἦτορ ἀϰοῦσαι
         ϖῶς ϖοτ' ἀνὴρ ἔτ' ἄγεις ρῇστα μεθ' ἡσυχίης
    μοῦνος δ' ἀνθρώποισι Θέου τρόπον ἡγεμονεύεις
         ὅς ϖερὶ ϖᾶσαν ἑλὼν γαῖαν ἀναστρέφεται
    δειϰνὺς εὐτόρνου σφαίρας ϖυριϰαύτορα ϰύϰλον.

    Les trois derniers vers sont cités par Sextus (M., I, 305) ; nous citons les troisième d’après lui ; il ne semble pas douteux, malgré une légère différence dans le troisième vers, que ce passage soit la suite de celui qu’a cité Diogène.

  4. Sextus, M., XI, 20.

    ἦ γὰρ ἐγὼν ἐρέω ὥς μοι ϰαταφαίνεται εἶναι
         μύθον ἀληθείης ὀρθὸν ἔχων ϰανόνα,
    ὡς ἡ τοῦ Θείου τε φύσις ϰαί ταγαθοῦ ἔχει,
         ἐξ ὧν ἰσότατος γίνεται ἀνδρὶ βίος.

    Avec Natorp, Forsch. z. Gesch. d. Erkenntinissproblems im Altert. Berlin, 1884 (p. 292), nous lisons ἔχει(echei) au lieu de αἰεὶ(aiei). L’interprétation proposée par Hirzel (p. 28) pour le vers ὡς ἡ τοῦ Θείου(hôs hê tou Theiou)… semble une vaine subtilité.