Page:Vigny - Journal d’un poète, éd. Ratisbonne, 1867.djvu/16

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Hernani à Othello. Jusque dans la charmante petite comédie Quitte pour la peur (1833), Alfred de Vigny frayait une voie et précédait Alfred de Musset. Plus tard, il racontait dans Stello les souffrances du poëte, revendiquant pour lui non pas, comme on l’a dit, le droit de se tuer, mais le droit de vivre ; puis il transportait son éloquent plaidoyer sur la scène, où l’on jouait avec un succès d’enthousiasme et de larmes le drame si simple et unique en son genre de Chatterton. C’est au sortir d’une de ces représentations que le comte Maillé de Latour-Landry fit accepter à l’Académie française une somme qu’elle décerne tous les deux ans à quelque poëte en lutte avec la vie. En 1835, Servitude et Grandeur militaires mettaient le sceau à la renommée d’Alfred de Vigny. Réveillé tristement de ses songes de gloire militaire, il avait quitté le service depuis huit ans lorsqu’il écrivit avec son imagination et ses souvenirs ces courts récits d’une haute philosophie, d’un art si achevé, et où les souffrances ignorées du soldat sont peintes avec une sensibilité si pénétrante. C’est là qu’il a trouvé son « Paul et Virginie », Laurette, ou le Cachet rouge, un de ces récits délicieux et pleins d’émotion qu’on lit en une heure et qu’on n’oublie jamais.