Page:Villiers de L'Isle-Adam - Contes cruels.djvu/114

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dement, à nos élégantes, selon la donnée mythologique à laquelle il acceptait de se réduire.

Sa fantaisie prévint en sa faveur : on voulut bien croire à quelque roi des Mille et une Nuits voyageant incognito. Clio la Cendrée, joignant les mains, alla jusqu’à murmurer le nom d’un nommé Jud, alors célèbre, sorte de criminel encore introuvé et que différents meurtres avaient, paraît-il, illustré et enrichi exceptionnellement.

Les compliments une fois échangés :

— Si le baron nous faisait la faveur de souper avec nous, pour la symétrie désirable ? demanda la toujours prévenante Annah Jackson, entre deux bâillements irrésistibles.

Il voulut se défendre.

— Susannah vous a dit cela comme don Juan à la statue de Commandeur, répliquai-je en plaisantant : ces Écossaises sont d’une solennité !

— Il fallait proposer à M. Saturne de venir tuer le Temps avec nous ! dit C***, qui, froid, voulait inviter « d’une façon régulière ».

— Je regrette beaucoup de refuser ! répondit l’interlocuteur. Plaignez-moi de ce qu’une circonstance d’un intérêt vraiment capital m’appelle, ce matin, d’assez bonne heure.

— Un duel pour rire ? une variété de vermouth ? demanda Clio la Cendrée en faisant la moue.

— Non, madame, une… rencontre, puisque vous daignez me consulter à cet égard, dit le baron.

— Bon ! quelque mot de corridors d’Opéra, je