Page:Villiers de L'Isle-Adam - Contes cruels.djvu/142

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solennel comme si la Mort eût laissé voir, brusquement, sa tête chauve entre les candélabres.

— Je me sens un peu indisposée, dit Clio la Cendrée d’une voix que la surexcitation nerveuse et le froid de l’aurore intervenue entrecoupaient. Ne me laissez point toute seule. Venez à la villa. Tâchons d’oublier cette aventure, messieurs et amis ; venez : il y a des bains, des chevaux et des chambres pour dormir. (Elle savait à peine ce qu’elle disait.) C’est au milieu du Bois, nous y serons dans vingt minutes. Comprenez-moi, je vous en prie. L’idée de ce monsieur me rend presque malade, et, si j’étais seule, j’aurais quelque inquiétude de le voir entrer tout à coup, une lampe à la main, éclairant son fade sourire qui fait peur.

— Voilà, certes, une nuit énigmatique ! dit Susannah Jackson.

Les Eglisottes s’essuyait les lèvres d’un air satisfait, ayant terminé son buisson.

Nous sonnâmes : Joseph parut. Pendant que nous en finissions avec lui, l’Écossaise, en se touchant les joues d’une petite houppe de cygne, murmura, tranquillement, auprès d’Antonie :

— N’as-tu rien à dire à Joseph, petite Yseult ?

— Si fait, répondit la jolie et toute pâle créature, et tu m’as devinée, folle !

Puis, se tournant vers l’intendant :

— Joseph, continua-t-elle, prenez cette bague : le rubis en est un peu foncé pour moi. — N’est-ce pas, Suzanne ? Tous ces brillants ont l’air de pleurer