Page:Villiers de L'Isle-Adam - Contes cruels.djvu/236

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l’auguste enchanteresse « dont la beauté était si forte qu’elle devait survivre à ses amours ».

Il fut impossible au vidame de Maulle de trouver ce qu’en termes de justice on nomme un alibi.

La condamnation à la roue fut prononcée, après la question préalable, ordinaire et extraordinaire, durant les interrogats.

La peine des incendiaires, le voile noir, etc., rien ne fut omis.

Seulement, un incident étrange se produisit au Grand Châtelet.

L’avocat du jeune homme l’avait pris en affection profonde ; celui-ci lui avait tout avoué.

Devant l’innocence de M. de Maulle, le défenseur se rendit coupable d’une action héroïque.

La veille de l’exécution, il vint dans le cachot du condamné et le fit évader à la faveur de sa robe. Bref, il se substitua.

Fut-il le plus noble cœur ? Fut-il un ambitieux jouant une partie terrible ? Qui le saura jamais !

Encore tout brisé et brûlé par la torture, le vidame de Maulle passa la frontière et mourut dans l’exil.

Mais l’avocat fut gardé à sa place.

La belle amie du vidame de Maulle, en apprenant l’évasion du jeune homme, en éprouva seulement une excessive contrariété[1].

  1. Chose singulière et aussi peu connue que beaucoup d’autres ! Presque tous les historiens du temps s’accordent à déclarer que la reine Ysabeau de Bavière, — depuis ses noces