Page:Villiers de L'Isle-Adam - Contes cruels.djvu/272

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pour de bon. J’en ai conçu, même, pour moi, quelque estime intellectuelle. N’a pas peur de ces choses-là qui veut.

Donc, en silence, j’ensanglantai les flancs du pauvre cheval, et les yeux fermés, les rênes lâchées, les doigts crispés sur les crins, le manteau flottant derrière moi tout droit, je sentis que le galop de ma bête était aussi violent que possible ; elle allait ventre à terre : de temps en temps mon sourd grondement, à son oreille, lui communiquait, à coup sûr, et d’instinct, l’horreur superstitieuse dont je frissonnais malgré moi. Nous arrivâmes, de la sorte, en moins d’une demi-heure. Le bruit du pavé des faubourgs me fit redresser la tête — et respirer !

— Enfin ! je voyais des maison ! des boutiques éclairées ! les figures de mes semblables derrière les vitres ! Je voyais des passants !… Je quittais le pays des cauchemars !

À l’auberge, je m’installai devant le bon feu. La conversation des rouliers me jeta dans un état voisin de l’extase. Je sortais de la Mort. Je regardai la flamme entre mes doigts. J’avalai un verre de rhum. Je reprenais, enfin, le gouvernement de mes facultés.

Je me sentais rentré dans la vie réelle.

J’étais même, — disons-le, — un peu honteux de ma panique.

Aussi, comme je me sentis tranquille, lorsque j’accomplis la commission de l’abbé Maucombe ! Avec quel sourire mondain j’examinai le manteau