Page:Villiers de L'Isle-Adam - Contes cruels.djvu/340

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Mais, voici : les Musiciennes des Chants-défendus, objuratrices d’amour, inviolées comme le lis de leurs seins, s’avancent, pâles sous leurs pierreries, au son des kinnors, des tymbrils et des cymbales. Soudain cessent les cantiques des chanteuses de la tribu d’Issachar et les harpes.

Parées d’étoffes sombres et le bandeau de perles au front, les Femmes-du-second-rang s’accoudent, avec des poses abandonnées, sur les lits de pourpre, — et, lorsqu’elles respirent leurs sachets de besham, tintent les clochettes d’argent qui bordent la frange de leurs syndônes.

Au loin, les Charmeuses-nephtaliennes, aux tresses rousse, les vierges de la Palestine, les Hébreuses, blanches comme les narcisses de Schârons, les courtisanes sacrées venues de la Babylonie, nageuses dorées de l’Euphrate, les Sulamites, plus hâlées que les tentes du Cédar, les Thébaïennes, aux lignes déliées, au teint d’un rouge sombre, — suivantes, autrefois, de l’épouse morte du roi Mage, de la fille de Psousennès, le pharaon, — enfin, les Iduméennes, filles de délices, fleurs-vives de la sauvage contrée aux brumes irisées qu’à peine peut percer, de nuit, le feu des étoiles, dansent, au nombre de trois mille, en agitant des voiles tyriens, des herrebim, des reptiles et des guirlandes, devant l’Élu magnifique de la Judée, le Maçon du Seigneur.



Mais le troisième côté de la Salle donne sur la Nuit.