Page:Villiers de L'Isle-Adam - Contes cruels.djvu/89

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cuistre tellement baveux que l’audition, même d’une seule scène, en fût impossible, — pour parer à tout aléa les applaudissements ne cesseraient pas du lever à la chute du rideau.

Pas de résistance possible ! Au besoin, des fauteuils seraient ménagés pour les poètes avérés et convaincus de génie, pour les récalcitrants, en un mot, et la Cabale : la pile, en envoyant son étincelle dans les bras des fauteuils suspects, ferait applaudir de force leurs habitants. L’on dirait : « Il paraît que c’est bien beau puisqu’Eux-mêmes sont obligés d’applaudir ! »

Inutile d’ajouter que si ceux-là faisaient jamais (grâce à l’intempestive intervention, — il faut tout prévoir, — de quelques chefs d’État malavisés) représenter aussi leurs « ouvrages », sans coupures, collaborateurs éclairés ni immixtions directoriales, — la Machine, par une rétroversion due à l’inépuisable et vraiment providentielle inventive de Bottom, saurait venger les honnêtes gens. C’est-à-dire qu’au lieu de couvrir de gloire, cette fois, elle huerait, brairait, sifflerait, ruerait, coasserait, glapirait et conspuerait tellement la « pièce », qu’il serait impossible d’en distinguer un traître mot ! — Jamais, depuis la fameuse soirée du Tannhauser à l’Opéra de Paris, on n’aurait entendu chose pareille. De cette façon la bonne foi des personnes bien et surtout de la Bourgeoisie ne serait pas surprise, comme il arrive, hélas ! trop souvent. L’éveil serait donné, tout de suite, — comme, jadis, au Capitole, lors de l’attaque des Gaulois.