Page:Villiers de L'Isle-Adam - L’Ève future, 1909.djvu/194

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charmes capable de correspondre immédiatement aux sens léprosés et plus qu’avilis de ces gais et froids viveurs ; de telle sorte que le brevet de séductions qu’ils lui délivraient, ainsi, de confiance et à première vue, ne m’attestait que leur sordide parenté de nature avec la sienne, ― c’est-à-dire, chez miss Evelyn Habal, une très perverse banalité d’ensemble mental et physique. De plus, la petite question de son âge, (à laquelle s’était toujours dérobé Anderson) me paraissant d’une certaine utilité, je dus m’en enquérir. L’amoureuse enfant ne touchait qu’à ses trente-quatre printemps.

Quant à la « beauté » dont elle pouvait se prévaloir, ― en supposant que l’Esthétique ait quelque chose à voir en des amours de cet ordre, ― je vous le redis encore, quel genre de beauté devais-je m’attendre à relever en cette femme, étant donné les effroyables abaissements que sa possession prolongée avait produite en une nature comme celle d’Anderson ?


III


L’ombre de l’upa


« Vous les connaîtrez par leurs fruits. »
L’Évangile.


Éclairons, tout d’abord, me dis-je, l’intérieur de cette passion en secouant simplement sur elle le principe lumineux de l’attraction des contraires et parions, au besoin, la conscience d’un moraliste officiel contre un penny, que nous devinerons juste.