Page:Villiers de L’Isle-Adam - Axël, 1890.djvu/105

La bibliothèque libre.
Aller à : navigation, rechercher
Cette page a été validée par deux contributeurs.


Soit. — À la santé dudit empereur !

Il boit.

Or çà, je voudrais bien voir clair dans cette existence anormale que l’on mène céans. Quant à mon noble cousin, je ne me sens qu’une sympathie assez modérée pour ce jeune héros d’un autre âge. Il est, vraiment, d’un caractère… des plus indéfinissables. — D’ailleurs, tout homme qui, vers la quarantaine, s’intéresse à d’autres qu’à soi-même, n’est pas digne de vivre.

Un silence.

Maintenant, voyons : c’est un gentilhomme des mieux tournés, je dois en convenir, quoique de mine un peu fatale. Il est même d’un superbe aspect, en sa haute taille, et ne manque pas d’une sorte de distinction sauvage… qui serait du meilleur effet à la cour, où l’on raffole du nouveau. Je vois d’ici les musiciennes de la reine, le soir de sa présentation, — la princesse de Sabelsberg, la comtesse de Walstein, — ah ! ha ! Succès d’incendie à première vue ! ou je m’abuse étrangement. — Il a su m’accueillir avec une courtoisie parfaite et se montrer grand seigneur en m’abandonnant sa part d’héritage, malgré sa fortune perdue… Je suis sûr que, bien dirigé, le comte Axël d’Auërsperg pourrait me conquérir, auprès du roi, certaines influences… d’une utilité fort appréciable ; — cette vieille affaire de son père et des Trésors est si oubliée !